Départ en retraite de Clément Lalancette, l'heure des bilans

Après une vingtaine d’années de travail avec les producteurs de pommes de terre, dont les treize dernières à titre de directeur général, et à la veille d’une retraite dont vous jugerez si elle est bien méritée ou non, j’ai cru bon produire un bref bilan des principales réalisations, événements et moments clés de ces années. Je crois qu’il est très pertinent de regarder d’où l’on vient afin de mieux déterminer où l’on veut aller. C’est le but de cet exercice.


Au cours de ces années, j’ai eu à travailler avec trois présidents soit Pierre Chouinard, Réal Brière et Francis Desrochers. Si chacun avait son style qui lui était propre, les trois avaient tous une chose en commun : ils privilégiaient l’intérêt collectif des producteurs plutôt que leurs propres intérêts. Tous avaient et ont encore à coeur le développement de la production et la rentabilité des fermes.


Parmi les réalisations les plus marquantes auxquelles j’ai participé au cours des treize dernières années, mentionnons plus particulièrement :

  • La création du Fonds de publicité pour le marché frais, en collaboration avec l’AEPTQ;
  • Le programme d’inspection de la qualité dans la table;
  • La participation à la création et au fonctionnement du réseau « Les Producteurs unis de pommes de terre du Canada » (UNITED);
  • Le Programme de certification des pommes de terre de semence du Québec;
  • La création du Consortium de recherche sur la pomme de terre du Québec, doté d’un fonds de recherche récurrent de 300 000 $/année;
  • La mise en place des comités prix par bannière;
  • Le développement de la nouvelle image de la fédération;
  • Les fêtes du 50e et la publication du livre Épatante patate, éloge de la pomme de terre;
  • La restructuration de la fédération, qui est devenue un Syndicat en 2015 et qui est passée d’une structure de représentation par région à une structure de représentation par catégorie.

Ces réalisations ont été le fait d’un travail d’équipe et d’une évaluation pertinente des besoins des producteurs et de l’industrie.


Les négociations des conventions de mise en marché avec les acheteurs et les chaînes ont également demandé beaucoup d’énergie.


Afin d’évaluer les principales retombées de ces réalisations, j’ai mis en relief quelques indicateurs de performance.

Le premier indicateur est le prix. Comme l’indique le graphique suivant, les prix moyens de la dernière décennie (2008-2017) ont été supérieurs de 4,14 $ le quintal comparativement à la période de 1998 à 2007. Or, de 2008 à 2017, la production moyenne pour l’est du Canada a été de 58,4 M de quintaux, comparativement à 61,3 M de quintaux pour la décennie précédente. On estime généralement que la production de l’est du Canada est en équilibre avec la demande lorsqu’elle se situe entre 58-59 M de quintaux. Ce qui nous permet de tirer un premier enseignement de cet exercice : le meilleur levier sur les prix pour les producteurs de pommes de terre est d’équilibrer l’offre à la demande. Cette recherche d’équilibre doit également prendre en considération l’évolution des rendements.


Un autre indicateur d’importance est la diminution des importations de pommes de terre, principalement pour le marché à l’état frais. Ainsi, nous estimons que les parts de marché du Québec pour le frais sont passées d’environ 70 % avant la mise en place du programme d’inspection de la qualité à plus de 85 % aujourd’hui. D’autres facteurs peuvent expliquer ce phénomène mais l’amélioration de la qualité des pommes de terre de table y a grandement contribué.


Les recettes monétaires du Québec ont connu la plus forte hausse de 2008 à 2017 (+46 %) au Canada. Cette augmentation peut en partie s’expliquer par une bonne performance de la catégorie table, mais également par une hausse de la production principalement destinée à la transformation. Les rendements ont également connu une hausse importante.

La restructuration de la fédération en 2015 a permis une économie annuelle d’environ 65 000 $. Mais le principal gain se situe au niveau de l’orientation des débats et des discussions au sein des instances. Les échanges portent davantage sur la mise en marché et sur le fait que chaque catégorie est dépendante des autres et qu’on doit viser la rentabilité et la pérennité de chacune d’entre elles. La grande diversité de la production au Québec est assez unique en Amérique du Nord et constitue un atout majeur.


Au cours de ces années, il y a eu des périodes plus difficiles : la crise du nématode en 2006, les difficultés budgétaires du Syndicat, des tiraillements entre les catégories, certaines décisions fort douteuses de la Régie des marchés agricoles et alimentaires, mais nous avons passé au travers.


Enjeux et perspectives d’avenir


Plusieurs facteurs peuvent expliquer la relative bonne performance du secteur, mais je crois que l’élément clé de la recette se situe au niveau de la cohérence des gestes posés à cette fin. En effet, les facteurs de succès d’une approche collective efficace reposent fortement sur des actions qui se doivent d’être pertinentes, complémentaires entre elles et non en contradiction.


Les producteurs de pommes de terre devront se prévaloir contre les risques du marché et les risques climatiques qui s’accentueront au fil des ans.


La concentration des acheteurs, le coût des terres qui impacte directement leurs coûts de production, l’achat en ligne, le phénomène d’intégration qui semble vouloir s’accélérer sont autant de défis qui exigeront davantage de cohérence dans les actions qui seront prises pour y faire face. Je crois sincèrement que la mise en marché collective demeure l’un des meilleurs moyens pour permettre aux producteurs de maintenir la rentabilité de leurs fermes et ainsi demeurer des opérateurs propriétaires et non devenir des salariés.


Dans le même ordre d’idée, il faudra que cette approche collective protège davantage les producteurs n’ayant pas d’accès direct au marché.


L’autre défi majeur consiste à se doter d’outils pour faire face aux extrêmes climatiques qui devraient s’accroître dans les prochaines années. Ce défi nécessite entre autres des investissements importants en recherche et développement afin de développer des outils prévisionnels climatiques, des indicateurs de risque, de meilleures méthodes d’irrigation, etc. Cela devra se faire dans un souci constant de protection de l’environnement et de recherches de solutions de remplacement moins dommageables. Il est évident que le nouveau Consortium de recherche sur la pomme de terre sera appelé à jouer un rôle majeur pour relever ce défi.
Afin de faire face aux risques du marché et aux risques climatiques, les producteurs doivent pouvoir compter sur un soutien gouvernemental solide. Ainsi, la Loi sur la mise en marché, maintes fois dénoncée par des acteurs de l’agroalimentaire, devra continuer à supporter les producteurs dans leur recherche d’un rapport de force équilibré avec leurs acheteurs, c’est essentiel.


La Financière agricole du Québec devra améliorer en profondeur le programme d’assurance récolte du secteur pomme de terre dont le fonds accumule des surplus record parce qu’il ne joue plus pleinement son rôle.


Un autre défi pour les producteurs, surtout ceux du marché frais, sera d’offrir davantage de produits de spécialité (grelots, pommes de terre de type « ratte », « fingerling », « prêtes à l’emploi », etc.).


Actuellement, une bonne partie de ce marché est occupé par la concurrence. Encore une fois, il faudra investir davantage en recherche et développement pour y parvenir.


Un autre défi auquel le Syndicat devra s’attaquer est celui de la bureaucratie croissante pour les producteurs. Avec la multiplication des exigences des acheteurs (salubrité, traçabilité, durabilité, etc.), ils ont vu leurs tâches cléricales exploser, les audits se multiplier. Du travail de concertation devra être fait au niveau de la coordination entre les principaux donneurs d’ordre afin de ne pas dédoubler les programmes et au niveau des outils informatiques afin de simplifier la saisie et le transfert des données et d’éviter également les dédoublements.


Tout cet exercice de cohérence exigera la présence d’un Syndicat pertinent, financièrement sain, flexible, dynamique, visionnaire et présent sur le réseau nord-américain des organisations de producteurs.
Bonne continuité et merci pour toutes ces années au cours desquelles je vous ai côtoyés.

Clément Lalancette

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